La lettre du sucré
La newsletter de Création Conseil Dessert
Mai 2009
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Crise : du grec
"Krisis" : décision importante, choix, jugement.
Un simple retour aux sources étymologiques du vilain mot en C
nous permettrait-il de prendre conscience des opportunités du
moment ? Plutôt que de se lamenter et de pester contre la
sinistrose, concentrons-nous sur le sens originel du mot : un moment
clé où "ça doit se décider".
Faire le dos rond en attendant que ça passe ? Non ! Bien au
contraire, les marques doivent tirer leur épingle du jeu en
prenant le temps, avec courage et audace, de réfléchir
à leur identité profonde, à leur
différence.
Redistribuer les cartes, inventer des modèles de qualité,
de croissance innovante, verte, locale, accentuer une communication
originale et ciblée. ... Finalement, la période est
propice au changement bénéfique. Faîtes donc une
cure d'exigence, observez le présent pour faire un bon bilan de
vos forces et faiblesses.
Quelle est la valeur ajoutée de votre marque ? Qu'apporte-t-elle
de différent de sa voisine de rayon ? Profitez donc de cette
période de mutation pour développer une intelligence de
l'instant : une marque doit se démarquer, se faire remarquer,
réinvestir ses valeurs, avancer pour ne pas être molle
mais dynamique, volontaire, active. Vos consommateurs peuvent tous
acheter le même produit, mais vous avez le devoir de leur donner
accès à un univers qui leur permettra de se l'approprier.
Cela passera par l'imaginaire, le service, les valeurs tangibles ou
intangibles ; par tout ce qui fait VOTRE ADN.
On
le constate, les valeurs de simplicité et de proximité
prennent une dimension centrale pour des consommateurs désireux
de ce recentrer sur l'essentiel. La Lettre du Sucré vous
présente des initiatives dans l'air du temps, des micro-faits
illustrant les tendances du moment, comme autant de matière
à inspiration innovante pour conserver - ou retrouver - la
positive attitude.
A l'approche de l'été et des régimes bikini, focus
sur le marché du light et sa perte de part de marché,
occasion pour ses acteurs de faire le ménage et penser de
nouvelles approches en phase avec les mutations des modes de
consommation. Création Conseil Dessert vous présente
également l'apparition d'un nouvel édulcorant 100%
naturel, la Stevia.
Enfin, coup de projecteur sur Pascal Le Gac, maître de l'art du
chocolat, et sur de bonnes pages à déguster avec le
magazine Yummy.
www.ccdessert.com
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En matière d'alimentation comme dans d'autres domaines, la
simplicité, la proximité et la lisibilité sont en
vogue. Quelques illustrations, matière à réflexion
:
Croissants 2.0
Des
croissants ou des pains au chocolat tout juste sortis du four ... On en
salive d'avance, mais difficile de prévoir le timing de sa
boulangerie.
L'agence londonienne Poke a trouvé remède à cette cause d'intérêt
général, en créant une technologie nommée BakerTweet, permettant aux boulangeries d'avertir leurs clients de
l'arrivée d'une nouvelle fournée.
Grâce à un petit boîtier wifi installé dans le fournil, et résistant
aux conditions de travail d'une boulangerie, le boulanger n'a qu'à
tourner une molette pour sélectionner le produit en question, et
envoyer un message sur leur compte Twitter (ce réseau social permettant
d'envoyer des messages à ses proches, ou en version plus mégalomane, au
monde entier, pour les avertir de votre activité passionnante du
moment). Les clients abonnés aux flux de la boulangerie reçoivent alors
un message les avertissant de l'arrivée de donuts, croissants ou pain
frais, et n'ont plus qu'à prendre leurs jambes à leur cou pour
déguster.
Au-delà de l'aspect
anecdotique de l'affaire, cette initiative souligne le resserrement des
liens entre monde virtuel et monde réel. On imagine déjà les
possibilités d'adaptation de cette technologie pour toutes les
entreprises éprouvant le besoin de communiquer de façon rapide et
facile avec leurs clients.
Reality Juice
Les packaging de jus
de fruits imaginés par le designer Naoto Fukasawa : plus vrai que
nature, le packaging de ces jus représentent la propre peau du fruit en
question. Une initiative claire, simple et efficace sur un marché peu
innovant en la matière. A quand le tetrapack entièrement comestible ?
La modernité bovine

Après les
distributeurs de snacks, de boissons, de pizza, de baskets, d'iPod ou
de produits cosmétiques, on trouve désormais du lait cru bio 24h/24 et
7jours/7. L'initiative, déjà très répandue en Italie - on l'avait
d'ailleurs repérée au coeur du magasin Eataly de Turin - nous arrive en
France par le biais de Gérard Gayet, agriculteur dans le Rhône. Tous
les jours, la cuve de 300L, réfrigérée à 3°C, est approvisionnée en
lait frais provenant directement de la traite du matin du distributeur.
Pour 1,10 euros, les clients remplissent leur bouteille d'1L, ajoutant à
l'initiative une dimension écologique par la réutilisation des
bouteilles en verre. Une dizaine de distributeurs sont actuellement en
place.
De l'authenticité
en libre service !
Big brothers et les abeilles
La célèbre enseigne
so british Fortnum & Mason a installé quatre ruches sur le
toit de son magasin de Piccadilly à Londres. Grâce à des webcams, les
clients peuvent observer les abeilles fabriquer le miel qui sera vendu
dans le magasin.
A y regarder de plus près, il y a bien un véritable buzz des abeilles
en ce moment : l'hôtel Farimont Royal York de Toronto a également
installé des ruches sur son toit, tout comme les hôtels Pullman (groupe
Accor), qui développent un partenariat avec l'association Bee My Friend
en installant sur le toit de chaque hôtel une ruche dont le miel sera
consommé par les clients.
Une initiative
sympathique et ludique pour des consommateurs en quête de consommation
hyperlocale.
Les nouveautés qui
nous rafraîchiront cet été arrivent en rayon.
Häagen-Dazs Five
Häagen-Dazs a lancé
aux Etats-Unis sa nouvelle gamme Häagen-Dazs Five, des glaces
entièrement naturelles fabriquées à partir de cinq ingrédients
seulement : lait, crème, sucre, jaunes d'oeufs et un parfum naturel tel
que menthe, gingembre, sucre roux, chocolat au lait ou café. La
simplicité extrême du produit rassure et remet au goût du jour les
classiques en ce recentrant sur l'essentiel, tandis que le packaging
épuré met en valeur la saveur. Après une grosse indigestion de glaces
"façon Tatin" ou "crème caramel aux rivières de coulis et étoiles
d'éclats croquants", on apprécie !
Morceaux de plaisir
Magnum,
"référence mondiale du plaisir", fête ses 20 ans en 2009 et poursuit
ses lancements gourmands avec Magnum Temptation, une innovation
brevetée issue de plusieurs années de recherche. L'écrin individuel aux
reflets d'or ou d'argent s'ouvre sur une glace aux formes généreuses
dont la dégustation laisse découvrir d'énormes inclusions, chose encore
inédite au coeur d'une glace en bâtonnet. Version Chocolate
avec une glace au chocolat au lait, sauce chocolat, inclusions de
chocolat blanc et brownie, ou Amande & Caramel, avec une
glace à la vanille de Madagascar, coulis caramel, amandes caramélisées
et enrobées de chocolat ... Simplement efficace.
Plein fruits
Les nouveaux bâtonnets Sorbet Plein Fruits Andros,
développés avec Rolland, affichent leur composition 100% naturelle. 60%
de fruit, un foisonnement minimum, zéro colorant, conservateur ou
matières grasses pour des sorbets onctueux comme des crèmes glacées,
parfums pomme, pomme-fraise ou pomme-abricot. Une innovation
récompensée au SIAL fin 2008.
Chocolat Factory
 
La marque
barcelonaise Chocolat Factory continue
de séduire avec ses bons mots accrocheurs et l'originalité de ses
packagings. On avait déjà aimé "the most honest chocolate tablet" et le
"first undecided turron", qui comblent tous deux les exigences des
gourmands en les mettant face à leurs envies : 42 Kcalories de plaisir
raisonné, ou 272 de pure gourmandise ? Chocolat blanc aux miettes
croustillantes, noir craquant, noir et cookies, ou lait et Irish coffee
?
La gamme s'élargit avec
d'autres produits tout aussi séduisant : la "pluie" de chocolat, les
tubes de poche, les vases, pâtes à tartiner, coulis ...
Focus : Le light fait
ceinture
La restriction n'est plus de mise : l'heure
est à la cuisine plaisir, à la gourmandise du bon et du
sain. Dans ce contexte, le marché de l'allégé
est en chute libre.
Souvenez-vous, c'était il y a plus de
trente ans ... En 1976, Michel Guérard publiait La grande
cuisine minceur, bible révolutionnaire d'une nouvelle
cuisine légère et savoureuse. Depuis le début
des années 1990, les industriels se sont rués sur le
marché des produits allégés, qui, d'ailleurs,
n'avait cessé de croître, envahissant les rayonnages de
yaourts, plats préparés, fromages, desserts, glaces,
boissons ou bonbons. Accompagnant les nouvelles priorités en
matière de comportement alimentaire, l'industrie
agro-alimentaire a développé des produits "light"
ou de régime jouant la carte de la minceur. Selon une étude
de TNS Media Intelligence, 3 Français sur 4 ont acheté
au moins un produit allégé en 2004, tandis qu'un quart
d'entre eux en sont devenus de gros consommateurs.
Mais, depuis
trois ans, le secteur est en net recul. Moins 6,7 % sur le chiffre
d’affaires global des céréales allégées
en 2008, - 8,7 % sur les yaourts et fromages blancs, -11 % sur les
fromages, -19,3 % sur les desserts, alors que les produits classiques
étaient stables ou en hausse (source Nielsen). Le segment des
glaces light a même totalement disparu l’année
dernière. Le chiffre d’affaires des biscuits Taillefine,
qui atteignait 30 millions d’euros en 2005, a chuté à
15 millions d’euros en 2008. Seule exception dans ce marasme :
les boissons light, qui continuent à voir ses ventes grimper,
tel Coca-Cola light, leader incontesté, dont les ventes ont
grimpé de 7,5 % au troisième trimestre 2008.
Mais la
désaffection est réelle : près d'un Français
sur deux a une mauvaise image des produits allégés,
notamment concernant les additifs utilisés. Une meilleure
connaissance des produits allégés a sans doute oeuvré,
le gras remplaçant le sucre ou inversement, ainsi que le
facteur prix. Il est plus que probable que les consommateurs -
consommatrices, dans l'immense majorité - aient enfin pris
conscience de la dure réalité : certes, cassoulet et
tartiflette comme régime quotidien n'est pas une option ...
Mais non, grignoter des biscuits lights devant la télé
n'a jamais fait perdre du poids à personne ; et non, on se
peut pas réellement s'extasier de déguster un yaourt
sans sucre et sans gras, fut-il aromatisé à la crème
brûlée ...
Au-delà des caractéristiques
des produits en eux-mêmes, l'allégé, associé
à la contrainte, va à l'encontre des tendances de
consommation actuelles, valorisant le plaisir et le goût. Les
femmes, principales cibles des produits allégés,
associent cuisine et plaisir, et semblent se détacher peu à
peu d'une vision trop manichéenne de l'alimentation largement
véhiculée par les médias, décrétant
le Bien et le Mal des aliments. Il s'agit donc de profiter et de
revaloriser la convivialité avec des produits bons et vrais, à
l'opposé du light associé à l'individualisme et
à la morosité ; dans un contexte de crise, se retrouver
autour de la table prend d'autant plus de valeur : l'envie de
profiter des petits plaisirs, d'investir les repas de valeurs
affectives, se fait plus prégnant. Une façon
d'expliquer le succès des produits de terroir, du style
"grand-mère", du fait maison, et autres machines à
pain et yaourtières. Les crises alimentaires passées et
présentes ne sont certainement pas anodines non plus.
Le
goût de la gourmandise, du naturel et des produits de saison
crée ainsi un contexte défavorable pour les produits
transformés, notamment les allégés, perçus
comme "chimiques", "trafiqués". « En
matière de nutrition et de santé, les consommateurs se
plaignent à la fois d’un manque et d’un trop-plein
d’informations, qu’ils jugent contradictoires, ou qu’ils
ne comprennent pas. Pour éviter d’être perdus, ils
se tournent vers les produits naturels », explique
Claire Certenais, consultante chez Cegma Topo. Aux yaourts allégés
gélifiés, à la confiture aux additifs, et au
beurre qui n’en est plus, les consommateurs préfèrent
désormais le bio, l’éthique, le local, le
responsable, jugés bien plus rassurants.
Par
ailleurs, les os saillants, les joues creuses et le teint terne sont
passés de mode ; le diktat de la minceur et les régimes
draconiens laissent place à un modèle de beauté
plus naturelle et réhabilitant les rondeurs. Entre obésité
et anorexie, il s'agit de trouver un juste équilibre.
Pour toutes ces
raisons, l'argument marketing du light n'est plus de mise. Certaines
marques l'ont bien compris et ont anticipé la tendance. Tel Lu, qui a
fait le choix radical de supprimer sa marque Taillefine pour créer les
biscuits Belvita. Le bénéfice produit est en fait désaxé : plutôt que
de se concentrer sur la minceur et l'apparence pure, le discours se
porte désormais sur les notions de bien-être, de santé et d'équilibre.
Le groupe, racheté par Kraft, a discrètement retiré Taillefine du
marché, après 10 ans de présence en rayons et chiffre d'affaire chutant
de 40 à 15 millions d'euros en quelques années. L'objectif est
ambitieux : atteindre 30 millions d'euros de chiffre d'affaires d'ici à
trois ans. Belvita est la troisième marque lancée par LU en six mois,
après les tuiles éO en septembre, et La clé des champs en janvier, des
biscuits bio, un segment encore balbutiant mais qui progresse de 35 à
40 % par an depuis trois ans. Belvita, avec ses packagings rose flashy,
cible les femmes, et met en avant les qualités gustatives autant que
nutritionnelles de ses biscuits, pour ¬´réconcilier plaisir et
équilibre¬ª. Sans colorant, sans conservateur, sans matière grasse
hydrogénée, les produits sont positionnés sur le naturel, sans jamais
faire mention des mots "light", "allégé" ou "léger". Suivant le concept
américain de la dose "100 calories", il reste à constater que les
petites bouchées mandarine-citron et autres délices framboise-cranberry
révèlent des compositions très proches des anciens produits Taillefine
... et que le marché des alicaments, autre notion à forte valeur
ajoutée associant alimentation et santé, explose.
La
Stevia, édulcorant 100% naturel
Dans ce contexte de
suspicion vis à vis des additifs et des produits faussement allégés,
l'arrivée prochaine du Stevia sur le marché mondial doit être
considérée avec attention.
La Stevia est une plante originaire d’Amérique du Sud dont les feuilles
ont un pouvoir sucrant très élevé. Réduites en poudre, elles
constituent un édulcorant naturel végétal étonnant.
Prisé depuis des siècles par les Indiens Guarani, notamment comme
colorant alimentaire, le Stevia est utilisé en cuisine pour sucrer thé,
yaourt, salades de fruits, voire pâtisserie. Remplaçant du sucre en
toute circonstance, il présente une saveur douce et sucrée aux notes
végétales et de bâton de réglisse agréables. Une demande d'autorisation
des stéviosides est en cours d'évaluation au sein de l'Union
européenne, mais l'autorisation n'a pas encore été délivrée.
Aujourd'hui, la
Stevia est au coeur de la bataille planétaire que se livrent Pepsi et
Coca, du fait de son pouvoir sucrant deux cents fois supérieur à celui
du sucre de table. De quoi supplanter les très critiqués édulcorants de
synthèse tels l'aspartame (vendu sous des marques comme Canderel ou
Equal) ou le sucralose (commercialisé sous la marque Splenda). Les
japonais ont commencé à cultiver cette espèce au début des années 1970,
comme solution de remplacement des édulcorants artificiels. Les
extraits de feuilles de stevia et les stéviosides sont commercialisés
au Japon depuis 1977 et représentent 40% du marché japonais des
édulcorants. Aujourd’hui cette plante est cultivée et consommée dans de
nombreux pays d'Asie (Chine, Corée, Taiwan, Thaïlande et Malaisie), en
Israël et en Amérique du Sud (Argentine, Brésil, Paraguay et Uruguay).
Les deux concurrents Coca et Pepsi parient sur cet ingrédient
pour
relancer le marché des sodas avec des boissons sans calories et
100 % naturelles. Dans le plus grand secret, les deux multinationales
ont testé des produits élaborés à partir
d'un extrait de stevia,
baptisés PureVia chez Pepsi et Truvia chez Coca.
Alors que la Food and Drug Administration (FDA) américaine, tout comme
Santé Canada, ne permettait la vente de stévia que sous forme de
supplément alimentaire (son usage était interdit dans les produits
alimentaires transformés), elle a finalement autorisé en décembre
dernier le statut d'édulcorant naturel à des extraits purifiés de
Stevia, ouvrant la guerre officielle entre les deux géants du
soda.
Outre le marché des boissons, la Stevia suscite l'intérêt comme
alternative au sucre dans de nombreux régimes, notamment pour les
personnes souffrant d'obésité, d'hypertension ou de diabète. Un
horizon d’allégé naturel ?
Coup de coeur : Pascal Le Gac
Après avoir passé
vingt-cinq ans à la Maison du Chocolat, Pascal Le Gac, aux faux airs de
George Clooney, a ouvert sa propre boutique à Saint-Germain en
Laye.
Ses chocolats et pâtisseries valent bien les quelques minutes de trajet
depuis Paris. Des ganaches aux arômes délicats et équilibrés, des
textures parfaites, une fort jolie boutique ... What else ?
Comment
êtes-vous tombé dans le chaudron de chocolat ?
Je ne faisais pas
du tout partie d'une famille de pâtissiers ou de chocolatiers. Je me
souviens de la boulangerie qui était en face de chez nous lorsque
j'étais enfant, de la génoise que la boulangère préparait à l'arrière
de la boutique : cette ambiance me séduisait.
J'ai commencé par la pâtisserie à l'école Ferrandi puis dans une
pâtisserie de Saint-Germain en Laye. Après quelques temps, j'ai voulu
changer d'atmosphère, et aller à Paris. En cherchant une maison, on m'a
envoyé vers un homme qui venait d'ouvrir une chocolaterie et qui
cherchait quelqu'un. C'était Robert Linxe et la Maison du
Chocolat.
J'y suis resté un an d'abord, puis Monsieur Linxe m'a demandé de
revenir, et l'histoire a duré vingt-cinq ans.
Comment définir
votre ligne de goût ?
Mon goût peut être
qualifié de "classique". Disons que je ne cherche pas à suivre la
tendance à tout prix. J'ai tendance à aller vers des choses simples
avec une gamme bien structurée, d'une vingtaine de bonbons.
Ce qui est important, c'est d'être structuré, organisé, et patient. Il
ne s'agit pas de créer des dizaines de parfums si l'on n'a pas la
structure pour les reproduire régulièrement. Une des choses
fondamentales est d'être régulier, car il faut se créer une clientèle
fidèle, celle qui aura l'envie de revenir et de retrouver le goût
qu'elle a aimé.
Le goût -
Comment l'apprend t-on ?
Le goût s'apprend.
Mais tout le monde n'a pas la capacité d'apprendre. On a des choses en
soi, un terrain propice qu'il faut avoir la chance de pouvoir
développer. C'est un travail de tous les jours, sans que l'on en soit
véritablement conscient. Le travail du goût est d'abord un travail sur
la mémoire des goûts. Il faut être attentif à ses sensations, et si
possible être bien accompagné, comme j'essaie de le faire avec mes
apprentis. Ils ne s'en rendent pas compte, mais ce qu'ils apprennent
aujourd'hui leur reviendra plus tard.
Le goût de votre
madeleine ?
Ce pourrait être le
moka de la boulangère de mon enfance. Même si le côté crème au beurre
n'est plus forcément dans les habitudes aujourd'hui ...
On recherche toujours un goût de l'enfance, qui n'est d'ailleurs pas
nécessairement bon, mais lié à un souvenir heureux, une ambiance. Une
cliente m'a dit que ma bûche aux marrons lui avait procuré beaucoup
d'émotion, parce qu'elle n'avait pas goûté d'aussi bons marrons depuis
son enfance ; ce genre de petites choses me fait vraiment
plaisir.
Le goût de votre
dernier moment de plaisir ?
En salé, c'est un
sauté d'agneau aux petits légumes chez Christian Constant. C'était il y
a quelques mois mais je l'ai encore en bouche : parfaitement cuit,
simple et authentique.
Pour les desserts, c'est plus problématique, car je ne peux pas
m'empêcher d'avoir une vision technique, comme une déformation
professionnelle ...
Le goût de
l'instant - Un moment ou une occasion privilégiée pour le chocolat ?
Il n'y a pas
forcément de moment privilégié, mais il y a des moment où l'on ressent
mieux le chocolat, car les papilles sont neutres et pleinement
disponibles. Le mieux est de goûter lorsqu'on n'a ni trop faim, ni trop
mangé, par exemple en fin de matinée.
On a aussi une dégustation différente selon le lieu. J'essaie de goûter
mes chocolats en me mettant dans la situation des clients, en en
rapportant chez moi et en en prenant un de temps en temps, sans me
mettre dans des conditions de dégustation et sans chercher à analyser
ce qu'il devrait être.
Mais le chocolat reste très personnel et spontané.
Le chocolat
S'il ne devait en rester qu'un ?
Le prochain !
Croquer ou laisser fondre ?
Les deux : croquer
d'abord, laisser fondre ensuite.
Les qualités d'un
très bon chocolat ?
Tout est question
d'équilibre : un léger croquant, de bonnes textures, le sucre,
l'amertume, l'acidité ...
Les papilles ne sont pas faites pour être agressées. Un bon chocolat
doit être suffisamment sucré. Et le pourcentage de cacao n'est
absolument pas un critère, même si c'est le seul argument des
industriels : un bon chocolat peut être à 60 ou 65% de cacao. Le
chocolat au lait peut également être très bon.
Le tout est d'avoir des matières premières de qualité, contrairement
aux mauvais chocolats qui sont souvent très torréfiés.
Quelle boisson ?
L'eau reste la
meilleure boisson pour une dégustation professionnelle. Certains vins,
comme les vieux Maury ou le ratafia, s'accordent avec certains
chocolats. Ou un thé neutre. Mais il faut toujours considérer
l'association des produits.
L'avenir du
chocolat ?
Il y a eu en France
un fort développement de la consommation depuis une dizaine d'années,
ce qui ouvre des possibilités pour les artisans, qui peuvent valoriser
leur qualité.
Mais comme pour tout secteur, lorsqu'un marché est porteur, de
nombreuses personnes s'y engouffrent ... Il ne faudrait pas que cela
nuise à la profession.
La problématique pour les chocolatiers est de grandir tout en
maintenant une qualité régulière. Ne pas chercher l'extravagance à tout
prix, mais rester soi-même, en étant fidèle à ses valeurs.
Pascal Le
Gac
61, rue de Pologne 78100 Saint-Germain en Laye ‚Äì Tél : 01 34 51 82 32
Ouvert du mardi au samedi de 10h à 19h et le dimanche de 10h à 13h
www.legac-chocolatier.fr
Yummy se présente
comme "le premier magazine international entièrement consacré au design
de la junk food*
*délices industriels, conditionnés et séducteurs"
Créé en 2005 par
Alexandra Jean, designeuse textile, et Pascal Monfort, monsieur
tendances de Nike France, Yummy fait la part belle à la culture McDo.
Plus qu'un magazine, Yummy s'adresse aux amateurs de belles feuilles :
papier glacé, mise en page léchée, la junk food est ici traitée sous un
jour artistique digne des plus grands magazines de design
internationaux.
Outre les collaborations d'artistes contemporains jouant avec le pire
de la junk food mondiale, le troisième numéro présente de mini
interviews de personnalités sur leurs petits désordres alimentaires,
ainsi que de bons papiers sur le statut de la junk food dans la
littérature, la naissance du fast food, ou les versions luxe du burger
selon Michel Bras, Michel Rostang ou Philippe Conticcini.
Un exercice de
détournement remarquable d'un univers créatif sous estimé.
180 pages / 1000
exemplaires numérotés / 30 euros
Retrouvez Yummy à Paris chez Colette, Palais de Tokyo, Ofr, la Hune,
Lazy dog. A Bruxelles chez Alice galery, à Londres chez Ofr, Nog
Galery, No one, à Amsterdam chez Athenaum books.
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